Toucher le cœur des hommes- ANNEMARIE SCHWARZENBACH

Toucher le coeur des hommes: tel est, selon Annemarie Schwarzenbach, le désir profond de tout écrivain. La cinquantaine de textes publiés ici couvrent les dix dernières années de sa vie. Parmi eux figurent, dans une traduction révisée, les reportages de Loin de New York et de Où est la terre des promesses ?,mais aussi vingt inédits sur le Proche-Orient, les Pays baltes, la Scandinavie et les États-Unis. L’écrivain raffiné s’y révèle une femme de terrain, libre, défendant avec courage les minorités et les subalternes, célébrant le « modèle suédois », décrivant une Amérique étonnamment proche de celle d’aujourd’hui et racontant, de Trébizonde à Kaboul et Peshawar, un Orient disparu, cet Orient apaisé dont nous ne pouvons plus qu’avoir la nostalgie.

 

 

 

Un grand remerciement à l’opération masse critique Babélio et aux éditions Payot pour m’avoir permis de découvrir Annemarie Schwarzenbach au travers de Toucher le cœur des hommes.

 

15 novembre 1942: Annemarie Schwarzenbach meurt des suites de blessures provoquées par une chute malencontreuse à vélo. Elle avait à peine 34 ans. Malgré cette mort prématurée, cette jeune femme journaliste, écrivaine et aventurière dans l’âme, a laissé à la postérité, en une petite dizaine d’années,  un nombre non négligeable d’articles et de récits de ses voyages. Toucher le cœur des hommes propose vingt reportages inédits ainsi que trente-trois reportages déjà publiés, tirés de deux de ses œuvres, Loin de New York et Où est la terre des promesses?

Toucher le cœur des hommes se présentent donc comme un série d’articles écrits par Annemarie Schwarzenbach et publiés entre 1932 et 1941 dans différents journaux suisses pour lesquels elle travaillait. L’ouvrage est divisé en deux parties; une plus accès sur ses voyages en Occident et l’autre tournant son regard vers l’Orient. 

Malgré son jeune âge, Annemarie, a, dès 1932, un regard très lucide sur son temps et son époque. Ses voyages sont l’occasion pour elle d’observer les gens, les petits gens surtout. Elle y découvre l’envers du décor, le quotidien des familles, des travailleurs, l’évolution des villes et villages. Elle dépeint sans fioriture et avec grand réalisme la vie des peuples en Occident et Orient. Son style est doux, féminin mais ne tombe jamais dans la mièvrerie. Quelques envolées lyriques et moments de contemplation des paysages et de la nature amoindrissent le style assez documentaire de l’ensemble, donnant une certaine touche d’originalité comme un marque du style de l’auteur.

Toutefois je n’ai été que moyennant convaincue par cette série de reportages. Autant j’ai trouvé la partie consacrée aux États-Unis très intéressante voire passionnante (j’ai beaucoup pensé au photographe Walker Evans et à sa série de photos montrant l’Amérique de la Grande Dépression) autant la partie dans les pays baltes et l’Afghanistan assez ennuyeuse. Mais cet ennui a uniquement été provoqué par mon manque d’intérêt pour ces régions du monde et n’enlève en rien à la qualité du texte. Tout est question de goût…

 

 

La vocation de Toucher le cœur des hommes n’étant certainement pas d’être un ouvrage universel pouvant plaire à tous, il  « touchera » un certain lectorat bien défini, celui qui s’intéresse aux récits de voyages et  qui recherche un style journalistique. Cette série de reportages peut toutefois être une bonne introduction pour découvrir cette jeune écrivaine qui nous a quitté trop tôt.

 

 

« Force est pourtant de constater ce curieux phénomène: même « sur commande », l’écrivain ne fournit pas le livre, l’article, le poème que les calculs désignent comme le plus apte à plaire à l’éditeur et au public, celui qui de ce fait lui rapporterait le plus d’argent. Il écrit sur ce qui le touche et sur ce qu’il pense pouvoir toucher le cœur des hommes. »

 

 

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