Mon traître- SORJ CHALANDON

« Il trahissait depuis près de vingt ans. L’Irlande qu’il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir. »

C’est en s’appuyant sur son expérience de journaliste, métier qu’il exerce depuis 1973 (Libération, Le canard enchaîné) et sur sa propre expérience personnelle que Sorj Chalandon écrit Mon traître. Journaliste spécialisé dans le conflit en Irlande du Nord, sa profession l’amène à se rendre régulièrement dans ce pays. C’est à cette occasion qu‘il se lie d’amitié avec Denis Donaldson, membre de l‘IRA, l’Armée Républicaine Irlandaise, ami qui se révèle plus tard avoir trahi son pays en exerçant le rôle d’agent secret pour le gouvernement britannique, alors considéré comme l’ennemi. De nombreux éléments autobiographiques parsèment le roman, ainsi Sorj Chalandon prend la voix du narrateur, Antoine, luthier parisien et Denis Donaldson prend les traits de Tyrone.

C’est avec un style très simple en apparence que Sorj Chalandon mène le lecteur au cœur de l’Irlande du Nord, à Belfast, lors des conflits opposant les nationalistes, incarnés par l’IRA, à la présence britannique. L’intrigue s’étend jusqu’à la fin du conflit au milieu des années 2000. L’écriture de l’auteur est incisive, sans ornement, âpre, concise, rigide, à l’image de ce pays vivant dans la crasse, la misère, la grisaille, la cendre et la pluie. L’ambiance très obscure et oppressante est très bien retranscrite par l’auteur qui ne ménage pas son honnêteté. Malgré cette ambiance et la description des événements désastreux pour ce pays, l’auteur s’est fait un devoir de montrer le côté positif de ce dernier: ici ce sont les pubs bondés où la bière coule à flots et où on entonne les chants traditionnels irlandais et danse au son du violon. Mon traître, c’est la description de ce paradoxe entre ce peuple qui souffre mais qui ne s’avoue pas vaincu et continue de lutter et vivre dans l’allégresse avec le peu de moyen qui lui reste.

Court roman, peu de description, peu de profondeur dans les personnages, écriture simple, tout cela pourrait laisser à penser que le roman est dénué d’émotion, qu’il est froid à l’image de ce peuple martyrisé. Mais bien au contraire, c’est là que réside le tour de force de l’auteur: il réussit à installer une tension émotive profonde pour cette amitié étonnante entre un petit français, luthier, amoureux de l’Irlande et cet homme d’âge mur, convaincu par la lutte patriotique et admiré des siens. C’est une vrai amitié qui s’instaure, une amitié qui ne se préoccupe que de l’homme en lui même, l’humain, et non pas de ses agissements.

 

Mon traître est un beau roman sur l’amitié entre deux êtres masculins. LA VRAIE AMITIÉ, celle qui résiste, qui demeure malgré les difficultés, les désillusions, le désenchantement, la déception. Comment vivre quand on apprend que l’on a été trahi par un ami? Roman  fort et bouleversant sur les souffrances d’un peuple face à ces conflits internes. Ce roman a le mérite de me donne l’envie d’en découvrir plus sur l’Irlande.

 

16/20

 

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2 commentaires sur “Mon traître- SORJ CHALANDON

  1. Je vois beaucoup de romans de cet auteur en ce moment sur Kindle (des promotions).
    Je ne m’y étais pas arrêtée mais ton avis me donne envie de découvrir ce livre même si je ne suis pas sûre que je comprendrai tout. Ce genre de conflit m’échappe souvent. Et pourtant, c’est primordial que d’essayer de connaître et de comprendre, si cela est possible…
    Merci pour ton avis 🙂

    1. On le voit pas mal en ce moment du fait de la sortie de son nouveau roman pour la rentrée littéraire. Alors là, ne t’en fais pas, il n’y a rien de compliqué dans mon traître, il n’y a pas du tout de digressions si ça peut te rassurer. Moi qui n’y connais absolument rien du tout en histoire irlandaise, c’est passé crème 😉 Merci pour ton commentaire. 🙂

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