Le chat- Pierre Granier-Deferre

Dans le huis clos étouffant d’un petit pavillon de banlieue épargné par la démolition, un vieux couple sans enfants se déchire. Lui, Julien Bouin, ouvrier à la retraite, ne l’aime plus, elle, Clémence Bouin, ancienne trapéziste qui a dû abandonner sa carrière suite à une chute. Lorsque Julien recueille un chat à qui il donne toute son affection, la jalousie commence à s’emparer de Clémence.

En 1971, les spectateurs découvrent sur les écrans deux monstres sacrés du cinéma français se déchirant dans leur petit pavillon de banlieue. Ce sont Jean Gabin, que l’on ne présente plus, et Simone Signoret, qui s’était fait remarquée en obtenant l’Oscar de la meilleure actrice pour Les chemins de la haute ville (1960), que le réalisateur Pierre Granier- Deferre choisit pour endosser les rôles complexes de ce deux retraités dans une adaptation du roman éponyme de Georges Simenon.

Ce couple, marié depuis 25 ans, évolue dans un décor froid, insalubre, délabré et gris. Cet environnement est à l’image de leur vie. Lui Julien, ancien typographe, elle Clémence, ancienne trapéziste dont un accident l’a contrainte à abandonner ce métier, se sont aimés mais comme le dit si bien Jean Gabin « Je t’ai aimais, mais maintenant j’t’aime plus. C’est comme ça. » Ils vivent dans l’indifférence la plus totale (le premier dialogue arrive à 16:30), ne se parlent quasiment plus, s’envoient « des mots » pour communiquer. Un élément va venir bousculer cette routine: un chat. Un chat qui va provoquer la jalousie chez Simone Signoret, Clémence. Le chat est véritablement personnifié dans le film (scène où le chat regarde intensément Clémence), il devient une maîtresse qu’il faut évincer. L’arrivée de cet animal et les événements qui en découlent, vont faire prendre conscience aux personnages qu’une pointe de sentiment existe encore entre eux. Clémence va s’en rendre compte grâce au chat bien avant Julien, qui lui ouvrira les yeux trop tard.

Pierre Granier-Deferre dénonce un autre point important qui se juxtapose aux problèmes de Julien et Clémence. Il s’agit d’une critique de la construction des grands ensembles. Initiés après la Seconde Guerre mondiale par le gouvernement français qui avait un besoin urgent de reloger les familles et d’en finir avec l’insalubrité de certains quartiers, les grands ensembles ont le vent en poupe jusqu’au début des années 60. A partir de ce moment, leur constructions excessives va commencer à recevoir de nombreuses critiques négatives. Le chat, à travers cette histoire banale, montre les ravages de la construction de ces bâtiments qui poussent de manière tentaculaire (expropriation, enlaidissement du paysage, perte de la convivialité, fermeture des petits commerces).

 

Le chat, c’est un monde qui se construit (les grands ensembles) et qui en détruit un autre, celui de Julien et Clémence. Il détruit leur bonheur, leur espoir, leur avenir, leurs habitudes et leur petite vie tranquille. Jean Gabin et Simone Signoret réussissent avec brio à dépeindre les difficultés rencontrées dans le couple quand la vieillesse s’installent dans ce film cruel, réaliste, torturé, nostalgique, mélancolique, oppressant et déprimant (à éviter si le moral est dans les chaussettes…). Un film bouleversant qui ne laisse pas insensible.

 

8/10

 

 

Pour aller plus loin:

Rue des prairies (1959), Mélodie en sous-sol (1963) avec Jean Gabin qui donne aussi une vision sur la construction des grands ensembles.

Film documentaire sur les grands ensembles, filmer les grands ensembles

 

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